Dr. Sheppard in the LabUne équipe de chercheurs de la région de Montréal tire la sonnette d’alarme, nous avertissant que nous, en tant que société, faisons face à une apocalypse. Ce n’est pas le genre de menace auquel on s’attendrait ou que l’on verrait dans la dernière superproduction de l’été. La nôtre provient d’une patiente malade, une intraveineuse dans le bras. Elle reçoit dans ses veines un antibiotique après l’autre, sans résultats concluants. Cette patiente ne subira pas la transplantation essentielle à sa survie, car son système résiste aux antibiotiques et ne peut combattre cette infection dévastatrice.

Malheureusement, elle n’est pas une exception, mais un avertissement ; aucun d’entre nous n’aura les soins spécialisés indispensables à notre survie si nous ne pouvons combattre les microbes.

Les infections sont la deuxième cause de mortalité dans le monde. Chaque année, elles tuent 8,7 millions de personnes et sont responsables de deux tiers des décès d’enfants de moins de 5 ans. Les progrès étonnants que l’humanité a réalisés depuis la découverte des antibiotiques dans les années 1930 ne sont plus qu’un lointain souvenir.

Les antibiotiques ont été prescrits inutilement pendant trop longtemps, donnant la possibilité aux bactéries de percer des brèches dans nos défenses. Ceci étant dit, nous avons besoin de nouveaux antibiotiques. Cependant, la mise au point de nouveaux médicaments demande des décennies de recherche et des milliards de dollars, alors qu’il faut seulement six ans pour que les germes développent une résistance. Les microbes évoluent plus rapidement que le temps nécessaire à l’invention des antibiotiques, et les investissements dans de nouveaux antibiotiques ont diminué –  ils ne sont pas aussi rentables que les autres médicaments, tout simplement.

Là où les antibiotiques échouent, les pandémies surviennent. Même dans les pays développés, sans antibiotiques, toute intervention devient très risquée – de la transplantation d’organes à la chirurgie cardiaque, en passant par le traitement du cancer et les chirurgies courantes comme les césariennes et l’appendicectomie. Les experts en immunologie et en infections tentent de trouver des stratégies pour stopper l’évolution trop rapide des microbes. Ils savent qu’ils doivent accélérer la recherche et apporter les découvertes dans la pratique. L’Initiative interdisciplinaire en infection et immunité de McGill (MI4) donne l’exemple dans ce domaine, en s’efforçant d’aller au-delà des antibiotiques pour trouver une solution à long terme.

Le MI4 réunit plus de 250 chercheurs pour trouver des solutions innovatrices aux défis infectieux et immunitaires auxquels notre société est confrontée, et transformer ces découvertes en applications pour les patients. Centré sur les problèmes et orienté sur l’impact, le MI4 a déjà des projets passionnants en cours pour « pirater le système immunitaire » afin de combattre la maladie, éliminer la transmission de la tuberculose et de l’hépatite C dans les collectivités vulnérables et développer des outils peu coûteux et flexibles pour le diagnostic rapide des infections à domicile, dans les cliniques et sur le terrain. Et ce n’est là que le début de ce que le MI4 sait faire.

« Nous n’exagérons pas lorsque nous disons que c’est l’une des plus grandes menaces pour la santé humaine auxquelles nous faisons face en ce moment », explique le Dr Don Sheppard, directeur du MI4 et professeur aux départements de médecine, microbiologie et immunologie à l’Université McGill. « Ce que nous ne réalisons pas, c’est que toute la médecine moderne, qu’il s’agisse de chirurgie cardiaque, de remplacement d’articulations, de chimiothérapie contre le cancer, est basée sur le contrôle des infections. Si nous n’y parvenons pas, tous ces progrès de la médecine moderne n’auront servi à rien. »

Le MI4 crée des centres innovateurs où les chercheurs biomédicaux travaillent avec des ingénieurs et des entrepreneurs, où les sociologues collaborent avec des médecins et des experts en politiques. La collaboration est la clé, puisqu’ils croient que les réponses dont nous avons besoin ne peuvent émerger d’une seule discipline. Les docteurs Marcel Behr et Marie Hudson sont codirecteurs du MI4, le premier se concentrant sur les maladies infectieuses et la seconde, sur l’immunité. Sous leur direction, ce projet passionnant regroupe des chercheurs du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), de l’Hôpital général juif et de leurs centres de recherche affiliés.

Les cliniciens-chercheurs du MI4 essaient de combattre cette crise croissante par des solutions créatives, notamment en exploitant le microbiome. Ils savent maintenant que notre microbiome, ou bactérie intestinale, extrêmement complexe et finement équilibré, joue un rôle beaucoup plus important dans la santé qu’on ne l’avait imaginé jusqu’ici. Ces scientifiques innovateurs essaient de comprendre comment ces bactéries sont impliquées dans des douzaines de maladies ; ils explorent comment les exploiter contre des pathogènes envahissants, et comment rétablir un microbiome sain à partir d’un échantillon stocké.

« Si rien ne change, les microbes gagneront, nous avertit le Dr Sheppard. C’est pour cela que nous cherchons des stratégies pour empêcher l’évolution trop rapide des microbes. »

L’équipe se tourne également vers la nature pour lutter contre les infections. Un ingénieur de McGill a découvert pourquoi les ailes de la libellule, composées en grande partie de sucre, ne succombent pas aux bactéries. Des pointes sous-microscopiques sur la surface de l’aile empalent et tuent les germes. Un groupe MI4 développe même une surface similaire à base de silicone pour le revêtement des articulations artificielles. Tout le pouvoir des antibiotiques, mais sans les risques ! Ils découvrent aussi de nouveaux antibiotiques là où peu de gens avaient pensé à s’en procurer : dans le Grand Nord canadien.

Le MI4 a vu le jour l’an dernier grâce à un don incroyable de 15 millions de dollars de la Fondation Doggone, une fondation montréalaise visionnaire souhaitant financer les soins de santé et la recherche au Canada. La regrettée Elspeth McConnell, ancienne journaliste montréalaise, a créé la Fondation Doggone en 2011. Ses efforts philanthropiques incluaient notamment un généreux soutien au CUSM au fil des ans.

La Fondation du CUSM a lancé une campagne de financement de 40 millions de dollars pour soutenir financièrement le MI4.

« Nous sommes infiniment reconnaissants pour la générosité remarquable de la Fondation Doggone et du partage de notre vision de transformer l’avenir de la santé mondiale », déclare Julie Quenneville, présidente de la Fondation du CUSM. « Nous nous tournons maintenant vers d’autres leaders philanthropiques de Montréal pour obtenir leur appui afin de relever certains des plus grands défis en matière de santé auxquels notre monde fait face aujourd’hui. »

Pour contribuer à ce projet, veuillez appeler le 514 843-1543.

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